Censure et protection de la jeunesse en 1917

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Au moment où la Première Guerre mondiale a éclaté, en 1914, les films policiers ou « criminels » passionnaient le public parisien qui se pressait en masse dans les salles pour voir Fantômas, Zigomar, Les Requins de Paris ou Les Mystères de New York*. Ces films muets très populaires, dont beaucoup étaient produits aux Etats-Unis, mettaient en scène des gangsters, des bandits et autres « Apaches » qui n’hésitaient pas à défier la société et l’autorité de la police en commettant les pires forfaits. Il n’y avait pas de salle de cinéma à Bry à cette date – le premier cinéma de la commune, Bry Ciné, n’ouvrit ses portes qu’en 1921 – mais les Bryards pouvaient voir ces films dans les cinémas du Perreux et de Nogent ou dans le cadre de projections publiques organisées par des marchands forains sur la place de la mairie.

Avec le déclenchement de la guerre, ce genre cinématographique fut très rapidement l’objet de vives critiques, notamment en raison de l’influence néfaste qu’il était supposé avoir sur les jeunes gens. Les films policiers étaient accusés de pervertir la jeunesse et de la pousser au vice. Ils étaient bien souvent perçus comme des spectacles immoraux qui nourrissaient une délinquance juvénile alors en plein essor : beaucoup pensaient en effet que de nombreux jeunes, en l’absence de leur père parti au front pour défendre la patrie, avaient ainsi sombré dans la dépravation et la criminalité sous l’influence de films exaltant des exploits de truands.

Ce fut dans ce contexte que le conseil municipal de Bry, dans sa séance du 20 mai 1917, adopta un vœu contre l’exhibition dans la commune « de films cinématographiques démoralisants pour les jeunes gens. » Considérant que ces films pouvaient constituer un grave danger pour la moralité et la sécurité publique, le conseil municipal en appela à la sagesse du Préfet de Police de Paris et l’exhorta à interdire à Bry tous les films mettant en scène des crimes ou des actes crapuleux. Alors que partout ailleurs en France, les représentations de films étaient soumises à autorisation municipale, le maire de Bry, à l’instar de ses collègues de l’ancien département de la Seine, ne pouvait pas prononcer ce type d’interdiction. Cette prérogative relevait en effet des compétences du Préfet de Police de Paris, qui était le seul à pouvoir édicter des mesures de police pour assurer le bon ordre et la sureté publique.

Délibération du Conseil municipal du 20 mai 1917
Délibération du Conseil municipal du 20 mai 1917
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Délibération du Conseil municipal du 20 mai 1917 (suite)
Délibération du Conseil municipal du 20 mai 1917 (suite)
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En réclamant cette interdiction, le conseil municipal de Bry ne souhaitait pas seulement protéger la jeunesse et préserver le bon ordre dans la commune. Il entendait également remplacer les pères dans leur mission éducative. Ces pères, qui avaient dû quitter leur famille pour défendre la Nation, n’était en effet plus présents dans leur foyer pour éloigner leurs enfants de ce divertissement jugé malsain et pernicieux. Il appartenait donc aux pouvoirs publics, garants de l’ordre social et des bonnes mœurs, de se substituer aux pères et d’en assumer la charge.

*Récemment mis à l’honneur dans une exposition

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